Le portage salarial est apparu dans les années 1980 afin d’accompagner des demandeurs d’emplois dans leur repositionnement. En effet, en 1988, le chômage des seniors augmente et de ce fait le portage salarial sert principalement les seniors qui, par son entremise, réalisent des missions sans leur faire perdre le bénéfice des ASSEDIC. Cependant, cette tendance va progressivement se diversifier pour toucher un public de plus en plus large.

                                                                                                                                                                  

I - CONCEPTUALISATION 3
A - Une réponse aux lacunes du marché du travail 3
B - Cadre juridique 3
II - LES BESOINS DES CLIENTS 5
A - Les portés 5
B - Les entreprises 7
III - UN MARCHE CONCURRENTIEL 8
A - Les leaders 8
B - Les concurrents directs d'Umalis 9
IV - LES RISQUES DU SECTEUR 11
A - Les autres statuts juridiques 11
B - Un choix risqué et méconnu ? 11
C - Un statut accessible et pérenne ? 12
V - LES PERSPECTIVES DU PORTAGE SALARIAL 13
A - Un marché prometteur et ambitieux 13
B - Un modèle alternatif à développer 14

 

Conceptualisation

Une réponse aux lacunes du marché du travail
 
Le portage salarial est apparu dans les années 1980 afin d’accompagner des demandeurs d’emplois dans leur repositionnement. En effet, en 1988, le chômage des seniors augmente et de ce fait le portage salarial sert principalement les seniors qui, par son entremise, réalisent des missions sans leur faire perdre le bénéfice des ASSEDIC. Cependant, cette tendance va progressivement se diversifier pour toucher un public de plus en plus large.
 
Dans les années 1990, le développement du portage salarial servait surtout à transformer des honoraires en salaires. L’audience est alors grandissante et le portage devient multigénérationnel. Néanmoins, un problème de conformité au droit va se poser. En effet, le statut est alors trop peu encadré.
 
De 2000 à 2008, le portage connaît une croissance de plus de 15% et un nouveau rapport à l’emploi va se dessiner. Les portés aspirent à maîtriser leur temps, à cerner la valeur de leur apport personnel, à choisir leurs missions. Ce mouvement concerne des populations plus jeunes, plus féminines et de futurs entrepreneurs qui testent leur concept d’entreprise. Les séniors ne sont pas en reste avec l’entrée dans le portage salarial de jeunes retraités qui souhaitent poursuivre une activité professionnelle pour quelques années.
 
Depuis 2008, le secteur connaît une croissance de 35% par an. Les portés utilisent notamment ce système en tant que transition entre deux postes afin d’améliorer leur employabilité grâce à une montée en expertise, grâce à l’exécution de missions diverses qui accroît la prise de responsabilités des portés.
Les entreprises de portage se sont adaptées en offrant davantage de formations à leurs salariés notamment avec le e-learning.
 
Cadre juridique
 
En 1998, le Syndicat National d’Entreprise de Portage Salarial est créé par les principales entreprises du secteur et ce qui permet de ce fait d’envisager la création puis la généralisation d’accords d’entreprise.
 
En Avril 2004, l’entreprise ITG, premier groupe de portage salarial en France, signe le premier accord collectif d’entreprise du secteur. C’est un premier pas vers une reconnaissance du portage salarial qui sera source d’inspiration pour les accords futurs.
 
En Juin 2008, la loi de modernisation du marché du travail légalise la notion  de portage salarial : « un ensemble de relations contractuelles organisées entre une entreprise de portage, une personne portée et des entreprises clientes comportant pour la personne portée le régime du salariat et la rémunération de sa prestation chez le client par l’entreprise de portage ».
 
Suite à cette loi, les syndicats patronaux (PRISME) et salariés (CFDT, CFTC, FO et CGC) ont négocié pendant deux ans afin de préciser les conditions d’exercice de la profession et de définir le droit des portés. A noter, les entreprises de portage salarial ne participent à ces négociations qu’à titre consultatif.
 
L’accord de branche de 2010 constitue une première étape dans la construction d’un cadre conventionnel global du portage salarial. Jusque-là, aucune convention collective n’existait dans ce secteur.
Cependant, l’accord ne prend une réelle ampleur que suite à son extension à toutes les entreprises de portage salarial en 2013 et non pas seulement à celles appartenant au syndicat patronal. Le gouvernement actuel a considéré que l’extension pouvait d’une part, protéger les salariés portés contre les pratiques hasardeuses et d’autre part, favoriser la création d’emplois ainsi  que les transitions entre deux emplois
 
Voici quelques mesures clefs extraites de cet accord :
- le salarié porté doit être un cadre (ne pas se substituer à l’intérim)
- la durée maximale des missions de portage est de 36 mois
- la société de portage est obligée de payer les cotisations sociales
- la rémunération minimale est de 2 900 €
- la société de portage est responsable vis-à-vis du client
Le 2 Avril 2015, le gouvernement a adopté une ordonnance en faveur du portage salarial afin d’assouplir les contraintes de l’activité de portage salarial en sécurisant le statut de salarié porté à travers quatre mesures :
- le portage salarial n’est plus exclusivement réservé aux cadres
- la rémunération minimale se voit abaisser de 2 900 € bruts à 75% de la valeur mensuelle du plafond de la sécurité sociale (2015 : 2 380 €)
- un contrat de travail en portage salarial à durée déterminée ou non est créé, ce qui permet le recours au
- il y a une obligation préalable de déclaration d’activité auprès de l’administration afin de renforcer les garanties des portés

Les besoins des  clients

Les portés
Un besoin récent
 
D’après une étude de l’INSEE, le taux de chômage est actuellement au plus haut depuis 1997. En effet, avec plus de 2,9 millions de personnes sans emploi, la France affiche un taux de chômage de 10,6% de la population active. Cependant, cette même étude montre que le taux d’emploi est resté stable par rapport au trimestre précédent ainsi qu’un an auparavant. De plus, 1,4 millions de personnes inactives souhaitent un emploi, ce qui signifie que  le marché du travail français ne répond pas suffisamment aux besoins de la population active et manque d’évolutions, de modernité et de flexibilité.
 
Le statut d’autoentrepreneur, créé en 2009, fut l’alternative à ce manque de flexibilité du marché du travail en offrant la possibilité à tous types de personnes de créer une entreprise sans risque, sans contrainte administrative et avec des impôts et charges payés au prorata du chiffre d’affaires. Pour beaucoup d’experts et d’entrepreneurs, cette création de statut a véritablement modernisé le marché du travail français.
Cependant depuis 2013, le concept semble s’essouffler et le statut d’autoentrepreneur apparaît comme peu approprié pour certains services comme les prestations intellectuelles. De ce statut peu adéquat sont nés des besoins, voici quelques barrières que l’autoentrepreneur rencontre du fait de son statut :
- limitation de son chiffre d’affaires à 32 900 €
- couverture sociale est le RSI (Régime Social des Indépendants)
- les charges liées aux frais professionnels ne sont pas déductibles
- pas d’assurance chômage
- l’autoentrepreneur doit tenir une comptabilité
Comme le statut d’autoentrepreneur n’est pas adapté aux prestations de services intellectuels, le besoin principal des potentiels prestataires est de créer un nouveau statut. En effet, en l’absence d’un tel statut alternatif, les personnes sont contraintes de créer leur entreprise et subissent ainsi de lourdes charges tant financières que temporelles - la création d’entreprise est couteuse mais surtout prenante et chaque prestation est suivi d’un lourd travail administratif. De surcroît, les entreprises sont de plus en plus demandeuses  de  services  ponctuels  ce  qui  pose  ainsi  le  problème  de la précarité de la situation du prestataire. Enfin, le caractère indépendant du prestataire ne joue pas en sa faveur lors de la recherche de client.
 
Ainsi, de cette étude sur les difficultés liées au marché du travail français émanent certains besoins vis-à-vis de la situation des prestataires de services intellectuels :
- flexibilité et modernité du marché du travail
- besoin d’une alternative au statut d’autoentrepreneur
- sécurité face au caractère précaire de cette situation
- alternative aux contraintes financières et temporelles de la création d’entreprise

Le portage : une réponse alternative sur mesure

Suite à l’ordonnance d’Avril 2015, le nouveau modèle de salariat qui émane du concept de portage salarial apparaît comme une alternative au chômage. En effet, le statut de porté peut être combiné avec d’autres statuts plus classiques : chômeurs, salariés, autoentrepreneurs, retraités, étudiants… Il permet ainsi d’être visible auprès des entreprises dans un cadre  professionnel. Ce faisant, certaines missions peuvent aboutir à l’embauche des candidats portés. De surcroît, cette possibilité de combiner deux statuts permet aux personnes d’être portées (et ainsi de profiter des avantages qui émanent du portage salarial) mais aussi de profiter des avantages des autres statuts comme par exemple de continuer à percevoir les indemnités liées au chômage, de garder son statut étudiant et tous les avantages fiscaux qu’il représente… En réponse aux besoins soulevés par les défauts du statut d’autoentrepreneur, voici quelques avantages que procure le portage salarial pour le porté :
- aucun plafond concernant le chiffre d’affaires
- la couverture sociale du porté est la même que celle d’un salarié
- les charges liées aux frais professionnels sont déductibles
- le porté possède les droits de protection du chômage
- aucune démarche comptable ou financière n’est demandée
En outre, le portage salarial confère bien d’autres avantages moins primordiaux mais non moins intéressants. En effet, voici une liste (qui n’a néanmoins pas la prétention d’être exhaustive) regroupant les avantages secondaires du portage salarial :
- le porté n’a pas à payer la Responsabilité Civile Professionnelle
- aucune gestion de trésorerie (c’est la société de portage qui s’en charge)
- permet de jouir d’un réseau de professionnels et d’une meilleure visibilité face aux entreprises clientes potentielles

Les entreprises

L’environnement dans lequel évoluent les entreprises est en plein changement. Les éléments qui constituent cet environnement macro- économique sont de plus en plus liés et les besoins des entreprises sont, en  ce sens, en pleine évolution. Les entreprises ont de plus en plus recours à des demandes de services intellectuels ponctuels n’entrant pas dans leur cœur de métier pour tenter de suivre la trajectoire effrénée que suit la consommation mondiale. Seulement de ce besoin primordial, naissent diverses difficultés.
 
En effet, le recrutement comme la négociation de contrat sont des procédures longues, onéreuses aussi bien financièrement que temporellement. Ces procédures ne sont donc que peu profitables au regard du type de missions pour lesquelles elles sont utilisées (missions souvent courtes et ponctuelles). De plus, les ruptures de contrats sont très souvent elles aussi couteuses et peuvent affecter négativement l’entreprise. De surcroît, bien que le salarié se doit de fournir un travail à la hauteur des exigences demandées par l’entreprise, le travail de ce dernier n’est pas soumis à un cahier des charges extrêmement précis. D’autres difficultés liées à la gestion ou à l’impossibilité de faire travailler un salarié dans un domaine qui n’est pas le cœur de métier de l’entreprise existent aussi.
 
Le portage salarial apparaît ici pour les entreprises comme une solution à ce problème d’évolution de l’environnement macro-économique. En effet, le portage salarial permet aux entreprises de recourir à des prestations de services intellectuels ponctuels sans être contraint d’embaucher un salarié supplémentaire et donc d’éviter des surcoûts. La gestion des tâches administratives est grandement allégée puisque l’entreprise de portage s’occupe de ces activités. Ce moyen de sous-traitance permet de réduire considérablement le coût des charges fixes et permet d’imputer les coûts de recherches, de formation, etc …
 
En résumé, le portage salarial est une solution souple et moderne aux nouveaux besoins ponctuels, particuliers et précis des entreprises.

Un marché  concurrentiel

En France, il existe une centaine d’entreprises sur le secteur du portage salarial. Le PEPS (syndicat des Professionnels de l’Emploi en Portage Salarial) en regroupe 70 qui génèrent 90% du chiffre d’affaire du marché.
 
Les leaders
 
Il existe donc une multitude de concurrents sur le marché français. Toutefois, deux d’entre eux se revendiquent comme les « leaders du portage salarial en France » : ITG et Didaxis.
Le chiffre d’affaire du groupe ITG en 2013 était de 64 M€ tandis que celui de Didaxis était plutôt de 50 M€ en 2013. Pour mémoire, le CA total du portage salarial en France était de 500 M€ en 2013. Ces deux entreprises  représentent donc plus de 23% du marché. En région parisienne, les sociétés Admissions et HPR sont également influentes.
 
Quels sont les points forts et faibles de ces leaders ?
 
Tout d’abord, il faut savoir que tout client choisit sa société de portage selon différents critères :
- les coûts et la rémunération : il est important d’exercer les taux les plus faibles possibles sans tomber dans le « low-cost ». Les clients se méfient des sociétés de portage salarial qui ont des frais de gestion trop peu conséquents. Quant à la rémunération du porté, elle doit être régulière
- la convivialité des locaux et des relations
- la proximité : l’implantation de délégations dans plusieurs régions est un avantage
- l’offre de formation doit être la plus complète possible
- la qualité des réseaux
 
Ces critères sont vraisemblablement les points forts de ces leaders. Didaxis comme ITG permettent notamment de construire un réseau solide et proposent un grand nombre de formations à leurs consultants afin de mettre à jour leur expertise (sous forme d’ateliers à thèmes).
Cependant, le client qui choisit une de ces entreprises disparaît dans la masse et doit assumer des délais de traitements administratifs parfois très contraignants.

Analyse financière des leaders

Intéressons-nous ici aux deux leaders auto-proclamés du marché du portage salarial en France.
Tableau comparatif des différents ratios financiers:

 

Croissance du CA de 2013 à2014

ROS 2014

Tauxd'endettement

Didaxis

25,8%

1,4%

85,7%

ITG

1,6%

2,2%

97%

 
Le ratio résultat net/chiffre d’affaire (Return On Sales) exprime la rentabilité de l’entreprise en fonction de son volume d’activité.
Le taux d’endettement a été calculé de la manière suivante : Total dettes / Total actif
 
Didaxis est une société en plein essor avec une augmentation de près de 26% de son chiffre d’affaire entre 2013 et 2014. Pour mémoire, l’activité  de portage salarial croît elle de 30% chaque année depuis 2010. La société est endettée auprès de ses fournisseurs notamment.
De l’autre côté, ITG rentabilise mieux son volume d’activité que Didaxis de 0,8% mais est fortement endettée. Les principales dettes sont de nature fiscales et sociales pour ITG

Les concurrents directs d’Umalis

Umalis affiche un chiffre d’affaire de 8 266 000 € en 2014. Les frais de  gestion à partir de 1% sont l’une des principales forces du groupe Umalis car très peu d’entreprises de portage salarial proposent des frais aussi faibles.  Les frais allant parfois jusqu’à plus de 15%.
 
Voici quelques entreprises de portage salarial ayant approximativement le même chiffre d’affaires que Umalis : Jam Conseil, Valor Consulting, Intervia. Ces entreprises proposent toutes des frais supérieurs à 4% (à l’exception d’Intervia qui exerce un taux à 0% jusqu’à 30 000 €).
Il s’agit donc d’un segment d’activité de second plan où la concurrence est forte.
 
Voici un tableau comparatif de l’évolution du chiffre d’affaire de ces entreprises :
 

 

Croissance duCA

Umalis

41,5% (entre 2013 et2014)

JamConseil

-8,63% (entre Décembre 2013 et Décembre2014)

ValorConsulting

2,76% (entre Décembre 2013 et Décembre2014)

Intervia

10,51% (entre Juin 2012 et Juin2013)

 
 
Umalis a donc la meilleure croissance de son chiffre d’affaire sur la période 2014 au sein de ce segment du marché.
 
Jam Conseil est une entreprise rentable par rapport à sont taux d’activité (2,4% de résultat net/chiffre d’affaire en 2014) mais son chiffre d’affaire diminue. En 2014, son taux d’endettement était de 73%, ce qui est raisonnable. Jam dispose de plus de 1014 consultants et met en avant leur disponibilité : ils répondent immédiatement à la demande.
 
Intervia était une entreprise fortement endettée en 2013, avec un ratio d’endettement de 94%. Même si son chiffre d’affaire suit une tendance haussière, Intervia n’était en 2013 pas très rentable par rapport à son taux d’activité (ratio de 0,1%). Cette entreprise, créée en 2002, propose des taux allant de 0 à 8% et dispose de consultants dans de nombreux domaines :
- audit / chef de projet (20%)
- services informatiques (40%)
- formation de bilan et de compétences (15%)
- communication et création (15%)
- expertises spécifiques (10%)
Valor Consulting est une entreprise qui connaît une croissance stable. Le taux d’endettement est de 62% fin 2014, ce qui est remarquable. Cette entreprise propose des taux allant de 4% à 5%.
 
Les risques du  secteur
 
Les autres statuts juridiques
 
Il existe déjà de nombreuses autres formes de travail pour les indépendants qui disposent elles aussi de nombreux avantages :
 
- L’intérim, comme le portage salarial, établissent une relation tripartite et le travailleur est salarié. Néanmoins, l’intérim est utilisé lors d’un remplacement ou lors d’un accroissement temporaire d’activité alors que le portage ne peut être utilisé que lors de missions ponctuelles définies qui sont inhabituelles pour l’entreprise. De plus, le porté, qui n’offre que des prestations de service, prospecte ses clients et négocie ses honoraires alors que l’intérimaire se voit proposer des offres par l’agence d’intérim avec une rémunération fixée d’avance.
 
- L’autoentreprenariat, il concerne aussi des prestations de service. Ce statut est plus adapté aux activités à faible plus-value car le chiffre d’affaire ne peut excéder 32 900 €. Le statut d’autoentrepreneur plafonne les revenus alors que le portage établit un plancher au chiffre d’affaires. Ainsi, ce plafonnement salarial refroidit une partie des travailleurs indépendants qui auraient pu être intéressés. Dans les  deux cas, la partie administrative s’avère relativement simple pour les travailleurs indépendants. Par la sécurité apportée, le portage s’avère être plus avantageux pour l’indépendant s’il arrive à produire le chiffre d’affaires nécessaire.
Pour éviter de confondre le portage avec du délit de marchandage, l’Etat a jugé nécessaire de restreindre sa définition. La réglementation, encore en construction, du statut de porté, semble s’orienter vers l’établissement d’un cadre très précis, qui exclue d’office une grande partie des travailleurs indépendants et des entreprises potentiellement clientes. Cette trop grande restriction pourrait prochainement constituer un obstacle au développement des entreprises de portage salarial.
 
Un choix risqué et méconnu ?
 
pour autant devenir complètement indépendant (autoentreprenariat). Potentiellement, un grand nombre de cadres (cf. étude statistique) pourraient être intéressés par ce type de salariat. Et si toutes ces personnes se  lançaient, nous pourrions atteindre les 84 millions d’euros de chiffre d’affaires avancés par Umalis. Mais rien ne prouve que tous les cadres qui se disent intéressés opteraient véritablement pour le portage salarial s’ils en avaient l’occasion. Peur de l’inconnu, pas de motivation suffisante pour changer d’employeur (écart de salaire pas assez attractif par exemple), le marché du portage salarial comporte un risque psychologique.
 
Comme l’illustre certains sondages, le portage salarial est encore peu connu des cadres. Le manque de communication et d’information peut nuire au développement du portage salarial. De nombreuses personnes pourraient être intéressées par ce type d’emploi mais elles n’en ont tout simplement jamais entendu parler. Dans la multitude de statuts juridiques existants, il peut être difficile de différencier les uns des autres et de trouver lequel est vraiment adapté à chaque situation. La communication doit faire l’objet d’efforts auprès des potentiels consultants mais également auprès des entreprises.
 
Un statut accessible et pérenne ?
 
La réglementation assez stricte du statut de porté entraîne une restriction des catégories socio-professionnelles qui pourraient être concernées. Cette tendance au ciblage très précis a été intégrée dans les stratégies des sociétés de portage, qui revendiquent une sélectivité élevée afin de ne proposer aux entreprises que des consultants expérimentés et extrêmement compétents. Mais en étant trop sélectives, elles risquent de discriminer une partie importante de leur marché potentiel.
 
Une société de portage qui voudrait développer son activité à l’étranger doit tenir compte des différences de régimes sociaux d’un pays à l’autre. Pour devenir salarié d’une société de portage, il faut être inscrit à la sécurité  sociale du pays de la société en question (sauf dans un cas de figure : si le salarié porté a le statut de travailleur détaché ou encore d’expatrié). Cela met en concurrence les sociétés de portage en faveur des pays où les cotisations sont moins importantes (Suisse, Luxembourg). Cela peut représenter un obstacle au développement international d’une société française, car la France est connue pour ses prélèvements élevés. Un consultant étranger préférera être porté par une société belge ou anglaise (la rémunération d’un salarié porté est 30% plus élevé si la société se situe en Grande-Bretagne plutôt qu’en France). Plus qu’un obstacle au développement international, les différences de régimes sociaux peuvent même constituer une concurrence sur le marché français.
 
Les perspectives du portage  salarial
 
Un marché prometteur et ambitieux
 
Alors que les formes alternatives d'emplois et les aides en faveur de la création d'entreprise se sont multipliées pour faciliter l'entrepreneuriat, le portage salarial, qui consiste à permettre à un actif de travailler en indépendant, tout en bénéficiant du statut de salarié, reste une forme d'emploi relativement méconnue. Pourtant, cette forme d'emploi vient répondre à deux attentes fortes : celle de la flexibilité pour les entreprises et celle de la sécurité pour les salariés.
Et cette dernière est fondamentale quand l'on sait que la peur de l'échec paralyse encore trop de Français pourtant désireux de monter leur entreprise. En Juin 2013, ils étaient 50 000 portés en France et généraient un chiffre d'affaire de plus de 450 M d'euros. Interrogés sur leur appétence pour le portage salarial, une fois cette forme d'activité explicitée, les salariés du privé sont plus de deux fois plus nombreux à envisager de travailler en portage salarial : on passe de 13% d'intéressés à 33% (étude de TNS Sofres). Ainsi, un portage salarial, mieux médiatisé, pourrait être une source d'opportunité  et un vecteur de dynamisation de l'entrepreneuriat.
 
Selon cette même étude, alors que l'on associe plus généralement cette  forme de travail aux cadres supérieurs de plus de 50 ans, ce sont les salariés de moins de 30 ans qui se montrent les plus intéressés avec 42% qui envisageraient de travailler en portage salarial. Une forme de travail qui offre les bénéfices de l'expérience multiple tout en garantissant l'autonomie décisionnelle sur les modalités de la mission et le salaire. Deux dimensions très présentes dans la hiérarchie des attentes des salariés de moins de 30 ans et qui répondent à la suppression progressive de la linéarité des parcours professionnels. A contrario, les salariés de 50 ans et plus se montrent moins intéressés avec tout juste un quart d'entre eux qui l'envisagent.
Qu'aujourd'hui ils envisagent ou non de travailler à l'avenir en portage  salarial, cette forme de travail apparaît comme une véritable opportunité de rebond pour 63% des salariés du privé qui, en période de chômage, se verraient prendre le statut de porté.
 
D’autre part, pour François Mare, « les tendances actuelles de l’emploi sont en pleine mutation avec une exigence de flexibilité incontournable pour faire face à la concurrence. Morcellement des tâches, besoin de se former de manière continuelle, souplesse d’embauche pour des projets de type Test and Learn… Les entreprises sont aujourd’hui amenées à être en agilité  constante.
 
Il interroge également le modèle de l’emploi actuel « Entre d’un côté  l’héritage d’une relation au travail encadrée et relativement protectrice et de l’autre côté, devenir l’entrepreneur de sa propre expertise, comment  s’adapter à ces évolutions pour qu’employeur et employé restent réciproquement attractifs ? »
Dans ce contexte, le portage salarial apparaît comme une véritable solution
 
Un modèle alternatif à développer
 
Toute l’originalité du portage salarial tel qu’il a été défini à l’origine tient au fait qu’il dépasse les oppositions entre l’entrepreneuriat et le salariat : entreprendre de manière indépendante tout en bénéficiant de la protection sociale du régime du salariat. Ainsi, à une époque où les jeunes ont de plus  en plus d’idées pour lancer une entreprise mais n’ont pas les capacités logistiques pour la gérer, le portage salarial devient plus qu’une alternative, mais bien une solution pour promouvoir son projet plus facilement et de manière plus sûre. Le portage salarial est d’une modernité conséquente dans un monde du travail qui évolue considérablement. Il apporte une véritable réponse aux tendances actuelles de l’emploi et c’est bien le point fort pour l’avenir de cette activité. Dès lors, un jeune travailleur est libre du choix de ses missions, de son temps de travail et est propriétaire de son portefeuille client. Le portage salarial permet aux esprits entrepreneurs de tester  le marché avant de se lancer. Aujourd’hui, la plupart des Français déclarent en grande majorité vouloir un jour créer leur propre entreprise. L’autonomie ne fait désormais plus peur aux jeunes qui dès le lycée, apprennent à se vendre, à se présenter, à faire leur CV, leurs profils LinkedIn et Viadeo.
 
Enfin, la mise en place d’un contrat de travail en portage salarial en Avril  2015 est un véritable tremplin pour le développement du portage salarial. En effet, le portage salarial est entériné de manière définitive. Auparavant réservé aux cadres, il s’ouvre désormais à toute personne qui « justifie d’une expertise, d’une qualification et d’une autonomie » afin de « rechercher lui- même ses clients et de convenir avec eux des conditions d’exécution de sa prestation et de son prix ». Dès lors, l’ensemble des éléments constitutifs du portage salarial sont bien définis et peuvent garantir une croissance de ce secteur dans les années à venir.
 
Ajoutons que la France accuse un retard considérable dans le secteur du portage salarial vis-à-vis de ses voisins. En effet, il y a plus de 6 millions d’Européens portés soit environ 2,4% de la population active européenne contre 0,2% de la population active française. Un Américain sur deux est un travailleur indépendant contre seulement 10% des Français. Le potentiel de croissance du portage salarial semble immense autant au niveau du travail indépendant que du portage salarial lui-même.
 
 
 
 
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